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Un jour, à la faveur du hasard, on découvre le travail de Nadine Altmayer et l'on se laisse happer par lui. Si vous demandez pourquoi, je vous répondrai que c'est à cause de ce qu'il nous raconte: l'histoire du corps au travers de l'un de ses attributs essentiels, le tissu qui sous les doigts de l'artiste se fait mémoire. Fils rigidifiés d'une armure qui protège un homme invisible : la mort sans doute est passée par là, ne demeure que l'enveloppe de qui se battit pour une cause perdue d'avance. Draps d'un temps révolu déchirés en loques après avoir été les fleurons des trousseaux de jeunes épousées naïves et qui restent les dépositaires muets de toutes les joies et de toutes les douleurs qui font la vie ordinaire. Linges enfin, tendus sur la toile qui s'offrent au regard comme autant de suaires. Des initiales brodées nous rappellent que les chemises désormais reliques ont revêtu des êtres aujourd'hui disparus. Leur identité se réduit à ces deux lettres rouges, gouttes de sang posées sur un coeur qui a cessé de battre. Pourtant de cette absence omniprésente se dégage une impression qui appartient au domaine du sacré comme si l'homme échappait à la finitude, comme si les traces laissées par lui étaient encore de la vie.

                                    Martine Gasnier.